Des mines de Silésie aux mines du Nord-Pas de Calais
Sur des milliers de kilomètres, de la Pologne à l'Allemagne en passant par la Belgique jusqu'à la France, la même veine de charbon fit travailler des millions de gueules noires pendant près de trois siècles. Si les mines sont aujourd'hui de l'histoire ancienne en France, en Pologne et même en Allemagne, elles continuent à produire des centaines de milliers de tonnes de charbon chaque année. 90 % de l'énergie polonaise est encore issue du charbon tandis que l'Allemagne compte à l'heure actuelle toujours 27 000 mineurs.
La nouvelle exposition « Un jour et au fond », proposée par le Centre historique minier de Lewarde confronte deux univers miniers, celui de la Silésie et celui du bassin minier nordiste, dans les années 1920. Les Compagnies minières de ces deux pays tournent alors à plein régime. Pratiquement au même moment, deux grands photographes vont immortaliser les paysages et ambiances particulières des compagnies de leur bassin minier respectif.
Deux pays, deux regards
En 1926, Ernest Mézière, photographe industriel de renom, réalise un reportage sur la Compagnie des mines d'Aniche. Cette dernière possède alors douze sièges d'extraction, deux usines de lavage, deux usines à boulets, cinq presses à briquettes, deux centrales électriques et plus de 150 kilomètres de voies ferrées… Mézières réalise une cinquantaine de vues allant des administrateurs à la fosse en passant par les usines de transformation ou encore l'habitat.
Trois ans plus tard, à des milliers de kilomètres, paraît la publication Diamants noirs, photographies artistiques des mines de Haute Silésie. L'album est signé Max Steckel, grand photographe allemand (une trentaine de prix à son actif). « C'est en visitant le musée municipal de Zabrze en Pologne, que nous avons découvert ce magnifique album. Immédiatement, il nous a fait penser au travail d'Ernest Mézière » explique André Dubuc, directeur du Centre Historique minier.
Des différences mais surtout des similitudes
Ni une, ni deux, la décision est prise de confronter le travail des deux photographes et de le présenter au public. Les dirigeants des musées de Zabrze sont emballés par le projet. Le 7 février, une délégation polonaise s'est d'ailleurs rendue à Lewarde pour inaugurer l'exposition. Dans la salle d'exposition temporaire, les clichés de Mézières et de Steckel se font échos. La confrontation permet bien sûr d'établir des comparaisons techniques notamment sur la structuration des fosses. On découvre des tailles pouvant aller jusqu'à dix mètres dans les mines de Silésie alors que côté français, elles peinent à dépasser les cinquante centimètres… De véritables forêts sous terre prennent vie dans les fosses polonaises. On s'amuse devant les mineurs polonais fumant la pipe à l'intérieur de la fosse, signe d'une mine peu « grisouteuse ».
Plus encore, la confrontation de ces deux regards permet de mettre en évidence les conditions de vie des familles de mineurs par une présentation de leur habitat. Ainsi, les cités minières de Zabrze et Montigny-en-Ostrevent semblent pouvoir être voisines… « La même activité industrielle crée des similitudes évidentes. C'est cette proximité culturelle qui est à l'orignine de la grande fraternité qui unit les mineurs de charbon dans le monde » commente André Dubuc.
L'exposition met enfin en relief deux travaux artistiques différents. Côté français, les photographies d'Ernest Mézières se révèlent « documentaires » presque pédagogiques tandis que le travail de Max Steckel n'est pas sans faire penser parfois à des gravures…
Un panorama complet et étonnant de l'univers minier en Europe dans les années 1920.
Texte et photos : Ludivine Fasseu sauf mention contraire.
Pratique
Exposition « Un jour et au fond », jusqu'au 3 juin, Centre historique mininer de Lewarde, Fosse Delloye, rue Erchin, 59287 Lewarde,
tél. : 03.27.95.82.82.
Site Web : www.chm-lewarde.com











